Le métro Lyonnais grouille de vie (comme tout autre métro
j’imagine, encore que mon esprit étroitement ethnocentrique ait du mal à concevoir un autre îlot de civilisation souterraine en dehors de la métropole rhodanienne), et avec elle de petits aléas,
des petites scènes qui ont pu – pour quelques-unes – rapidement trouver leur place parmi les perles que je m’étais fait fort de rassembler ici même. Après les brèves de comptoir, les brèves de
métro ! Voila une source d’inspiration infinie : mieux qu’un musée poussiéreux d’ethnographie, les transports en commun offrent un joli panorama de la faune indigène, de ses mœurs et de
ses aspirations, le reflet d'une époque!
En outre, ils révèlent le véritable caractère des autochtones qui confirment avec brio chacun à leur manière le gène de paresseux neurasthénique illuminant leur minois défraîchi, ou qui dévoilent une tendance bestiale assumée lorsque leur espace vital est en jeu.
Nous reviendrons sur ce point, qui ne peut simplement se résumer à deux uniques catégories grossièrement découpées au couteau de cantine dans la délicate diversité de caractères du Métro Sapiens.
Car nous avons là l’authenticité brute certifiée, un véritable brassage culturel haut en couleur, d’une richesse inouïe éclaboussant les sens et développant l’esprit : au beau milieu de la marée humaine qui enfle et se retire au gré des heures et des wagons crissant qui se succèdent à intervalles réguliers ; ballotté au gré des tunnels, des couloirs et des escaliers par un troupeau de sacs à dos, d’attachés-cases et de sac à mains, on devient rapidement un fin stratège pour se positionner avantageusement en vu de la ruée vers l’unique place assise de la rame.
Après des années laborieuses d’entraînement, j’ai fini par prendre le coup de main, quitte à piétiner le malheureux collégien reconnaissable entre mille grâce à son sac à dos immuablement deux fois plus volumineux que lui.
C’est que ça bourre un collégien !(j’irai même jusqu’à recentrer mon propos sur le Sixième) Il guette le métro comme un chat guetterait sa souris.
Concentration extrême, activité cérébrale sans précédent.
C’est tout juste s’il n’ondule pas au moment de l’arrivée de la rame. Et là, camouflé entre les jambes de ses futures victimes inconscientes de la menace (le Sixième atteint rarement la hauteur de la hanche en début d’année), il bondit férocement, fort du rembourrage que lui offre son sac à dos multi poches.
Il se faufile agilement dans la cacophonie mécanique de la voiture qui vomit son flot impétueux de voyageurs trébuchants et hébétés : et le voila confortablement assis entre une mamie au regard bienveillant émergeant à peine d’une forêt de légume (traditionnellement composée d’un flore éclectique : poireaux, persil, laitues et quelques carottes pour la note colorée.) et un étudiant au regard mort, à peine perceptible entre son écharpe en laine des alpagas dissimulant pour moitié son nez, et son bonnet couvrant ses sourcils. Effondré contre la fenêtre, la lèvre supérieure collée à la vitre comme si elle tentait vainement de retenir le reste du corps qui s’avachit un peu plus à chaque secousse des roues hurlant sur les rails, il donne l’impression d’un escargot s’agrippant à la vitre avec désinvolture acharnée.
Et quand j’arrive a pénétrer à mon tour dans l’antre rassurante d’un wagon pourtant bondé et surchauffé, passeport pour retrouver mon douillet chez-moi, je m’inspire à mon grand désespoir de cet étudiant, le nez collé contre la porte - qui manqua d’ailleurs de me le raboter de quelques millimètres au moment de sa fermeture - et la tête maintenue contre la vitre par un coude inconnu mais néanmoins vengeur.
Dans ses reportages animaliers, Nicolas Hulot est allé chercher bien loin ce que l’on a tous les jours sous la main : la parade nuptiale du collégien facilement repérable à sa coupe de cheveux et à sa coiffure sculptée à grands coups de gel épais dont les composantes chimiques sont voisines du ciment prompt n’égale-t-elle pas la grâce du Paon s’ébrouant et déployant sa traîne ? Sa rapidité d’attaque, l’adaptabilité de son métabolisme aux conditions extrêmes ne rappelle-t-elle pas celle du Cobras royal ou la fureur du Dragon (du Komodo)?
Si le Métro lyonnais n’est pas plus accueillant qu’une forêt équatoriale bourdonnante de bestioles venimeuses grosses comme des citrouilles, il présente cependant l’immense avantage de rassembler les différents caractères du règne animal, du poisson des Abysses au Grizzli en passant par le Cacatoès en seulement deux Wagons. Belle prestation.
« Mais, me direz-vous, l’Héliographe fait parti intégrante de ce zoo roulant chaque matin non ? »
C’est que j’étudie, moi, messieurs dames. Et dans des conditions qui feraient préférer à nos explorateurs les plus aventureux non pas un bisous sur le dos velu d’une mygale lépreuse (ce qui est encore acceptable sur l’échelle du révulsant) mais une croisière romantique avec Valérie Damido.
Jugez par vous-même : je n’ai rien pour me tenir. Au premier coup de frein, j’irai valdinguer comme un vulgaire bagage, projeté à l’avant du véhicule. Avec un peu de chance j’atterrirai le nez dans le chemisier d’une charmante jeune fille qui aura gentiment amorti ma chute : les métros aussi ont droit à leurs airbags de série. On ne rigole pas avec la sécurité : ça fait aussi partie du Service Public.
Il faut que j’arrête de rêver : on est tellement serrés que le wagon pourrait faire un triple salto sans qu’un seul d’entre nous ne bouge d’un poil.
Fin de l'Episode
(je sens que vous êtres frustrés, mais vous le cachez bien.)
Blablatouiller