Vous l’aurez tous remarqué, la production d’articles labellisés « Héliographe’s quality » a vertigineusement baissé ces dernières semaines. Mais c’est que, pour ma défense, je travaille à la Poste depuis 2 semaines et demi, depuis le 26 Juin pour être exact. Oui, j’ai remis ça. Mais à Lyon cette fois : au cœur de la Croix Rousse. Rien à voir avec l’épopée Carpentracienne de l’été dernier, donc.
Mais tout de même : un réveil quotidien à 5h du matin pour une Marmotte naturalisée Paresseux a de quoi déboussoler son homme, si bien que jusqu’à 8h, j’ai l’impression que ma cervelle est en pièces détachées comme un jouet Kinder Surprise (avec moi dans le rôle de la tête d’œuf, oui, vous êtes perspicaces).
Cela dit, vous n’êtes pas sans ignorer que je me rendais chaque soir avec une régularité métronomique à une école primaire du quartier pour faire des avions en papier, jouer aux Legos, dessiner des bonshommes, et, accessoirement, surveiller la garderie :
« _ Han ! mais alors t’es mon facteur et en plus t’es Chef de Garderie ! ben dis donc ! » s’exclame un chérubin blond et bouclé à tête de bisou
« Chef de Garderie » ! Je n’avais encore été chef de rien du tout, mais c’est bien connu, la vérité sort de la bouche des enfants. Et puis ça sonne mieux que « Vacataire ». Il est bien, ce petit.
La moitié des CP de ma garderie habitant sur le circuit de ma virée postale, la nouvelle de ma double vie se répandit à la vitesse d’un feu de forêt en plein été, si bien que je croulais dès mon deuxième jour sous les recommandations diverses :
« _ Alors attention, hein, t’oublie pas de m’apporter mon « Pirouette » !
_ Et moi ma boîte elle est en bas !
_ Hé ! moi je descendrai pour voir si tu travailles bien »
Sûr que je ne peux pas les oublier, leurs magazines, à force d’en entendre parler tous les soirs !
Cependant, le commencement du mois de Juillet fut synonyme d’un véritable trou d’air dans les effectifs de la Garderie : nombreux sont ceux qui migraient vers des cieux plus cléments avant la date officielle du 11 Juillet.
Le quasi enchainement Poste-garderie comparable en tous points à un véritable Triathlon, devint subitement moins éprouvant.
Et le 11 Juillet arriva, lourd, orageux, tourmenté : c’était la dernière garderie, la boucle allait être bouclée.
Et pour ce dernier acte, peu d’acteurs : seuls les irréductibles, les habitués des lieux, qu’il pleuve ou qu’il vente.
J’avais apporté des bonbons qui firent l’effet d’un morceau de viande saignant jeté au beau milieu d’une cage de fauves affamés. Il s’en fallut de peu pour que je ne meure sauvagement piétiné, submergé par une horde d’enfants hypnotisés par les couleurs chatoyantes des Haribos (encore que j’aurais pu évoquer l’image des fans en délire lacérant mes vêtements pour garder une trace de moi, mais passons.)
Je les vis partir un à un, insouciants, égal à eux-mêmes (c'est-à-dire sans même dire « au revoir » pour certains) : un soir comme les autres, en somme, seulement ponctué de quelques « A l’année prochaine ! »
Un bisou et voila la dernier parti. Je me retrouve seul face à mes fiches de présence que j’ai – encore – oublié de remplir.
Toutes ces petites bouilles avec leurs répliques qui tuent, leurs théories fumeuses, leurs certitudes aussi, déjà : je les ai surveillés, je les ai vus évoluer
tous les jours depuis le mois de Septembre et je dois dire que je me suis attaché à leurs frimousses espiègles, à leurs regards d’enfants rendant le monde si simple…
Ils m’ont étonnés, amusés, déconcertés, enthousiasmé : j’ai eu la chance de me replonger dans l’époque bénie du primaire (et d’être payé pour ça en plus !) où tout était simple.
Je descends le grand escalier de pierre pour la dernière fois, sous le regard sévère du buste de la République, et je me demande si je suis déjà nostalgique de ces bons moments passé sur un banc de la cour, dans la tiédeur des fins d’après midi, racontant des histoires sans queue ni tête à une poignée de gamins n’osant pas m’interrompre pour aller jouer, ou si je pressens que je ne renouvellerai sans doute pas l’aventure l’année prochaine à cause de mon emploi du temps de 3ème année.
Dans tous les cas, il me restera septembre comme lot de consolation, avant que l’Université ne reprenne son rythme de croisière.
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Blablatouiller