Histoires de coeur(s)

Publié le par L'Héliographe

                      Ça faisait longtemps que je ne m'étais pas répandu en anecdotes farfelues - et parfois à la limite du surréalisme : je m'en étonne encore - sur mon boulot à l'Ecole Elémentaire du quartier qui a eu le flair et l'intelligence de me repérer dans la masse informe et gluante des prétendants insipides et sans relief au prestigieux poste de... vacataire pas même couvert en cas d'accident du travail parait-il.

Mais j'ai changé. J'ai évolué plutôt. Je suis monté en grade, même, pourrait-on dire. (si, si, dites-le, vous serez mignons.)

J'ai lâchement abandonné la garderie pour les ateliers d'art plastique du midi. Et si mes nouveaux horaires ont autant de charme que Charles Pasqua au saut du lit (cette simple image fait frissonner n'est-ce pas ?), je fais néanmoins un travail légèrement plus constructif - encore que les enfants aient une curieuse propension à détruire tout ce qui leur passe entre les mains, surtout quand ils sont 20 autour d'un projet de la taille d'un dé à coudre - et beaucoup plus valorisant (et accessoirement mieux payé).

Pour autant, les petites perles continuent de bourgeonner, si bien que dans mon atelier, c'est le printemps toute l'année. Et c'est tellement le printemps que j'en surprends parfois certains à batifoler gaiement : en voila un en pleine parade nuptiale - aux tendances tecktonik assumées - pendant que l'autre parle potins sentimentaux avec la dernière qui ne peut s'empêcher de glousser furieusement en n'oubliant pas, bien sûr, de papillonner des cils. Tout une technique.

En soi, ça ne me dérange pas quand ce n'est pas MOI qui me retrouve à découper, coller, peindre et colorier à leur place, non mais sans blague.


A les écouter parler, je me suis souvenu d'une petite conversation que j'avais eu l'an passé avec Bertille, une blondinette rayonnante et joufflue directement inspirée de la mode Hobbit (encore qu'il lui manque les poils sur les pieds, mais ce n'est qu'une question de temps.)


« _ Moi, de toutes façon, à 12 ans, je pars de la maison.

   _ huuum'ok, mais pourquoi ?

   _ Parce que ma mère, elle me saoule. »


J'interromps ce dialogue passionnant pour relever que je n'aimerai pas être à la place de la mère quand la petite aura 14 ans.


Je poursuis :

« _ Et tu va aller où, à 12 ans, jeune fille ?

   _ Oh ben tu sais, me répond-elle avec le flegme du vieux loup de mer qui en a vu d'autres, j'ai 5 amoureux alors ça devrait suffire... »


S'en suit la liste des amoureux, qui étaient d'ailleurs tous dans la cour, s'ébattant gaiement autour d'un ballon.

Elle a l'œil, la petite : elle a choisit les plus gentils.


« _ Et tu es leur amoureuse aussi ? Enfin je veux dire, ils sont au courant que vous allez vous marier tous les 6 ensemble ?

  _ Bah bien sûûûr ! Mais Paul, c'est plus trop mon amoureux en ce moment et puis Thomas... Thomas, il a toutes les filles aussi (pointe d'amertume perceptible)... »


Il faut dire que Thomas, c'était un peu le beau gosse de la cour, le lover, le don Juan blond, le regard espiègle plus bleu que les bouchons de bouteille Volvic.

Et cultivé avec ça : le genoux en sang après une bonne vieille chute sur le bitume le voila parti dans l'historique du pont d'Avignon alors que je le soigne. Légende, personnages clefs, quelques dates, évènements marquants... tout y est passé. J'aurais presque préféré qu'il pleure comme les gamins normaux quand ils se font mal.

Avec tout ça, ce ne serait pas normal que les filles ne fondent pas comme neige au soleil sur son passage. 

D'où les grincements de dents de Bertille.


Je rigolais tout seul en repensant à cette histoire de cœur peut commune quand une petite s'est mise à me tirer la manche (et me la maculant de peinture au passage), façon sonneur de cloche (avec moi dans le rôle de la cloche, oui, vous êtes aimables) : je n'aurais jamais imaginé qu'une gamine de six ans haute comme trois pommes eut autant de force.

La requête devait être bougrement urgente :

«_ Hé ! tu sais quoi ? ben je suis amoureuse de toi et on va se marier bientôt ! me dit-elle avec un grand sourire édenté, de la peinture jusque dans les cheveux.

_ Ah ben c'est gentil de me prévenir ! Mais tu crois pas que je suis un peu vieux pour toi, quand même ?

_ mais nooooon ! » me répondit-elle, avec un ton qui disait : « tu comprends rien »


Comme je vous le disais, c'est la classe les arts plastiques : j'ai même des tickets pour d'ici  15 à 20 ans !...


(PS: J'ai mis des photos pour prouver que mine de rien, je ne suis pas payé à rien foutre, hein! Bon c'est peu, d'accord, mais je ne les mets pas toutes pour des questions de droit à l'image et blablabla...)



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Publié dans Forum d'Eironeia

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C
et bé, elle promet la nouvelle génération! chris.
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